Le prendre-soin tout au long de la vie, jusqu’au bout de la vie

L’engagement d’Habitat et Humanisme est de loger toutes les vies, à tous les âges de la vie. Le logement n’est pas seulement un droit, mais une protection et par-là même un prendre-soin.

C’est à partir de cette conviction que progressivement l’association a développé plusieurs pôles en lui ajoutant des maisons de soins et de vie à l’attention de nos grands aînés, ou de plus jeunes confrontés au handicap, notamment l’autisme et à ceux blessés par des situations d’urgence.

Comment accepter que la fraternité soit « piétinée » au motif que des personnes sont en grandes difficultés. Si elles n’ont rien, elles ne sont pas rien. La valeur de l’être ne se mesure pas à ses avoirs. Toute vie est sacrée. Tristesse et désolation de constater que cette reconnaissance soit si peu partagée.

Cette semaine, un responsable d’une de nos maisons médicalisées m’interrogeait sur notre position si d’aventure la loi d’une aide à mourir devait être retenue par les élus.

Nos convictions nous placent résolument et indissolublement du côté de la vie.

Les valeurs judéo-chrétiennes qui habitent notre civilisation fondent la culture de la vie. Il ne suffit pas de l’affirmer, quoique nécessaire, mais surtout de veiller concrètement au respect de la vie, observant qu’il ne l’est pas. Il suffit de regarder jonchées sur le trottoir, ces tentes dans lesquelles se réfugient les plus démunis.

Le respect de la vie, pas seulement en fin de vie, ne nous oblige-t-il pas tout au long de la vie.

Je retiendrai les mots de Rose Balmelle, …la mort si c’était… Comme poète, elle nous épargne des questions aux réponses bien difficiles pour nous orienter, ici et maintenant, vers des possibles qui précisément nous situent du côté de la vie. La mort, dit-elle, c’est comme un arbre qui tombe, mais si c’était une graine tombant dans une terre nouvelle. La mort, c’est comme une porte qui claque, mais si elle ouvrait sur un autre passage.

Vivre, c’est marcher avec d’autres, rechercher des passages en habitant sa capacité à prévoir, créer, innover, tout en faisant l’expérience de ses limites qui conduisent à s’en remettre à d’autres sans pour autant se démettre.

Il est de ces moments difficiles qui, à chaque fois, nous font reconnaître notre fragilité, passages douloureux pour ceux qui partent et ceux qui restent. C’est là que les soins palliatifs sont ô combien nécessaires, non pas réservés à certains, refusés aux autres, d’où l’urgente nécessité de créer des petites unités de vie, rattachées aux maisons de soins afin de garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs.

Ces soins palliatifs ne pourraient-ils pas être comparés à ces moments à haut risque qui, lorsqu’ils sont accompagnés, parviennent à être franchis avec sérénité, laissant à ces heures difficiles la place d’une mémoire ou des paroles qui n’auraient jamais pu être prononcées, transforment les êtres, découvrant qu’ils sont bien plus qu’ils ne le pensaient ou ne le croyaient.

En vous exprimant ces quelques mots, je pense à ce père de famille, hospitalisé pour un cancer. Il est en fin de vie ; cela suffit, me dit-il, je veux mourir. Regardant les photos de ses enfants qui tapissaient un coin de sa chambre, je l’invitais à ce qu’il me parle d’eux ; là, m’arrêtant sur l’une d’elles, il me dit avec tristesse : je suis en rupture avec ce fils.

Or, ce fils, je l’avais rencontré dans l’hôpital. Il demandait aux soignants des nouvelles de son père. Il ne voulait pas le voir, tellement ils étaient fâchés. M’ayant laissé ses coordonnées, je le rejoignis, lui disant combien son père l’attendait, plus encore l’espérait. Il s’ensuivit une réconciliation, un passage pour l’un et pour l’autre, donnant à voir ces sommets qui offrent des inattendus à la vie, plus encore des inespérés.

Bernard Devert
Janvier 2026

La fraternité, cet appel à dire non à l’inacceptable

Dans ma précédente chronique, j’évoquais ces chemins à prendre pour plus d’humanité faisant référence à l’Epiphanie, manifestation de responsabilité que suscite la rencontre avec les situations de fragilités. Ainsi, les Mages comprennent la nécessité de ne pas aller ‑ plus encore de s’en détourner ‑ vers ces lieux où ne sont recherchés que des liens mettant en exergue ce qui brille pour s’éblouir aux fins d’en mettre plein la vue.

A notre tour, ne devrions-nous pas partir par des sentiers fréquentés par les oubliés de nos Sociétés ne trouvant pas de toit, au bord des chemins, telle cette maman, seule avec trois enfants, 7, 10 et 12 ans, scolarisés qui, il y a près de 15 jours, me téléphonait un dimanche soir à 20 h, désespérée : « nous sommes à la rue ».

Or, cette maman, qui dispose d’un diplôme d’infirmière obtenu au Congo, s’investit pour obtenir l’équivalence en France et même plus encore pour bénéficier de la qualification d’infirmière avancée.

Que lui est-il arrivé ; elle n’a pu conserver son logement en raison de difficultés de paiement dues au non renouvellement de son titre de séjour, supprimant toute aide sociale. Cette régularisation a demandé du temps, entraînant toute perte de ressources avec pour conséquence la perte de son toit. Quelle injustice !

Ce mercredi, elle a été sollicitée pour intervenir dans un hôpital parisien en raison d’une insuffisance de soignants. S’il lui est marqué une reconnaissance professionnelle, rien sur le plan social ; elle doit se débattre seule pour trouver ce toit inaccessible, en l’état inabordable.

Prendre soin des soignants, une urgence !

A ce jour, un logement provisoire dans le cadre du Airbnb a pu lui être trouvé pour quelques jours, grâce au soutien d’un ami d’Habitat et Humanisme. Cette généreuse réponse précaire et onéreuse ne peut pas perdurer.

Il doit bien se trouver dans le Val-d’Oise, si possible à Argenteuil, là où sont scolarisés les trois enfants de cette maman, un appartement vacant que notre fonds de dotation Acteurs d’Humanité prendrait en charge, assumant si nécessaire les travaux qui s’imposent.

Aussi, j’ose lancer un SOS ; puisse-t-il ne pas rester sans réponse. Quelle déshumanisation si nous fermions les cœurs et les yeux sur une telle situation loin d’être exceptionnelle. Aussi, ce qui vaut pour ce foyer, vaut pour des milliers d’autres.

L’actualité de cette semaine, malheureusement bien tragique, soulignait le faible taux de la natalité en France. J’entendais cette jeune femme s’exprimer : « donner la vie et se retrouver seule, oubliée de l’homme par qui elle a été donnée, un risque que je ne veux pas prendre ».

Il est un chemin qui s’impose, celui de la responsabilité et par-là même de la fraternité.

Depuis des mois, j’évoque la question de la vacance de logements alors que des centaines de milliers sont inoccupés. Que de mamans ne trouvent de protection qu’avec le collège ou le lycée où sont scolarisés leurs enfants !

L’Epiphanie ne serait-elle pas celle de ces moments de partage où, autour de la table, tous, réunis, la fraternité est reine.

Bernard Devert
Janvier 2026

Une année solidaire pour bâtir la fraternité

Les feux de l’année 2025 s’éteignent après avoir brûlé bien des espoirs à commencer par ceux de la paix en Ukraine, d’une démocratie plus apaisée capable d’aborder les différences et les oppositions sans ces cris ou insultes qui se sont déchaînés au sein de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale.

Les iniquités se sont aggravées. Les personnes isolées et/ou les foyers touchés par la vulnérabilité, confrontés à la recherche d’un logement ont dû, pour nombre d’entre eux, se résoudre à attendre, à attendre encore. Certains ont plongé dans la misère, pour avoir rejoint ces lieux indignes les privant de chances réelles de s’en sortir.

Avec vous et grâce à vous, nous avons pu apporter des réponses concrètes. J’ose vous dire, au soir de cette année ma reconnaissance, affectueuse si vous me le permettez. Si vous nous aviez abandonnés, les difficultés soulignées seraient plus inquiétantes.

Votre accompagnement éclaire un chemin d’humanité.

En ces premiers jours de l’an, agréablement étonné d’observer que l’espoir de changer et de faire changer est toujours aussi vif, il est heureux ce moment de partage avec vous. Ne serait-il pas celui vécu dans un refuge la veille de repartir vers un sommet, préoccupé de voir comment aller plus haut, les forces morales intactes, mieux, aguerries par les épreuves surmontées.

Le sac que nous portons ne s’allège pas. L’immensité de la dette conduira inexorablement l’Etat à s’attacher à ses fonctions régaliennes, d’où le risque- puis-je me tromper – que les questions sociales reposent davantage sur le secteur associatif et l’entreprise dont le mécénat est un précieux atout.

Près de 700 000 personnes par an, chaque année, prennent leur retraite. Il y a ici un capital humain absolument considérable, constitué de personnes engagées ayant pour beaucoup réfléchi sur l’avenir de la Société. Puissent-elles rejoindre les associations dans ce moment de risques importants, notamment anthropologiques donnant le vertige.

L’association ne serait-elle pas constitutive d’une cordée pour aller ensemble plus haut, afin de mieux discerner ce qui est possible d’entreprendre pour davantage d’équité.

H&H, avec ses 5 pôles, du logement d’insertion au médico-social, liée au grand âge, le handicap, en passant par l’urgence et l’attention à la petite enfance sont autant d’espaces nécessitant de nouvelles approches ou la rudesse des engagements se dispute avec la sobriété pour parvenir à agir autrement sans contourner ou pire, se détourner de la fragilité. Ne serait-ce pas cela l’intelligence du cœur.

Sans diminuer les activités que nous entreprenons pour le logement d’insertion, le handicap et les alternatives liées à l’Ehpad, il nous faut mettre en œuvre une assistance à l’égard de ceux en danger, pour être à la rue. Assez de cette indifférence ; leur abandon doit être évalué pour ce qu’il est : une honte ; elle est la mienne.

Dans un métro, un SDF propose sa revue. L’homme, bien qu’avenant, ne croise que des visages fermés, pressés, ils n’ont pas de temps … de temps à perdre. Je m’avance vers lui et s’engage une brève conversation, le temps d’un parcours entre 4 stations. Quittant ce wagon de l’indifférence, j’ai rencontré l’espérance. Ma tristesse a changé, elle n’est plus à l’égard de ce frère en humanité mais vis-à-vis des « déshumanisés » dont je suis aussi, pour ne pas regarder le visage de l’autre, nos yeux accaparés, captifs de nos écrans.

En 2026, quels vœux souhaiter, outre ceux de la santé, de la liberté, au sens ou le Petit Prince la trouve dans cette recherche de l’essentiel. Nul doute que dans cette disposition de cœur et d’esprit, l’apprivoisement nous rapprochera de ceux qui n’ont pas ou plus de liens.

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». Une telle perspective ne peut qu’offrir à la nouvelle année du sens et le bonheur de servir une noble cause.

Bernard Devert
Décembre 2025

Impossible de devenir humain sans se laisser habiter par la fraternité

La fraternité interroge ce eux, les autres, ceux qui n’ont pas la même culture, la même religion, les mêmes coutumes. Eux, dont on dit facilement qu’ils menacent nos chômeurs, nos travailleurs, ou encore notre identité jusqu’à oublier que, dans les hôpitaux, ceux qui soignent au plus près les corps, ce sont eux les lointains.

L’écrivain Daniel Pennac dans un de ses textes, il y a 10 ans, qui n’a pas pris une ride, alerte : « petit-à-petit, chacun se sent seul et menacé par cette « marée humaine » qui n’a plus rien d’humain ». Ces gens ne sont plus des gens, ils sont eux et pas nous pour être plus nombreux que nous, ajoutant : « nous voilà tentés de nous refermer sur nos peurs, sur nos refus d’aider, sur nos silences ».

Briser les peurs, c’est marcher vers la fraternité. Aller vers l’autre, les autres, ils ne sont pas simplement eux, ou s’ils le sont, eux c’est aussi nous… pour eux.

Troisième terme de la devise républicaine, la fraternité fut à un certain moment de l’histoire placée entre liberté et égalité, ce qui était assez juste, sans elle, les deux autres peuvent difficilement exister, coexister.

La fraternité une hospitalité ! Il n’est pas anodin de rappeler que dans notre langue, l’hôte est le même mot pour dire celui qui reçoit et celui qui est reçu, les voici de plain-pied.

Récemment, dans une grande Métropole, Habitat et Humanisme déposait un permis de construire pour une pension de famille d’une vingtaine de logements. Ce type d’habitat imaginé par le Docteur Xavier Emmanuelli, à destination des plus fragiles, est une école de reconstruction sociale pour de nombreux d’entre eux.

Ce programme, bien qu’une chance pour la fraternité, fit beaucoup de bruit alors que, par essence, elle fait du bien. La peur de l’autre suscite des débats. Heureusement, le combat n’eut pas lieu, chacun saisissant que le quartier ne perdrait pas son caractère résidentiel en permettant à ceux-là de le rejoindre.

Habitat et Humanisme tente de réduire la vacance des logements ; l’inoccupation de centaines de milliers d’entre eux est un mépris des plus pauvres, refus de fraternité. Sur la question d’un journaliste concernant la réquisition, précisant que ce n’était pas la solution ‑ ce dispositif ayant été retenu par Jacques Chirac sans donner, il s’en faut, les résultats escomptés ‑ mon propos suscita de vives critiques quant à la réserve exprimée.

Peut-être conviendra-t-il d’y avoir recours, si rien ne bouge. Seulement la fraternité ne se construit pas à partir de lois, de règlements, d’injonctions mais de cœurs qui s’ouvrent, blessés par ce qu’ils voient, bien décidés à faire naître un « autrement » possible.

La fraternité est mère de ces relations où la raison a sa place sans pour autant déloger celle du cœur. Commence alors une recherche patiente de ce qui unit plutôt que ce qui désunit. Tout n’est pas réglé, mais au moins tombent quelques crispations pour qu’il n’y ait pas d’un côté, eux et de l’autre, nous.

A ne plus supporter les autres au motif qu’ils sont différents, nous dessinons des fractures qui, sur nos territoires, ont déjà pris place au point que très justement, souvenons-nous des mots de Gérard Collomb quittant le Ministère de l’Intérieur : « Aujourd’hui on vit côte à côte… Je crains que demain on ne vive face à face ».

Il y a là un risque anthropologique qui donne le vertige. A ne pas en voir le danger, notre terre sera devenue inhabitable.

En ce sens, la fraternité introduit l’écologie intégrale.

Bernard Devert
Décembre 2025

Le cœur, ce haut-lieu de la fraternité

L’an 2025 s’éteint ; il fut pour Habitat et Humanisme celui de son 40ème anniversaire, marqué par une sobriété chaleureuse, présentant parfois une certaine gravité, tant nous peinons à réduire les situations de détresse que vivent ces frères et sœurs n’ayant d’autres lieux pour dormir que la rue ou l’indignité d’un logement.

Ensemble, « embarqués » dans ce grand voyage vers une terre plus solidaire ‑ la mixité sociale en est un des vecteurs majeurs – nos cœurs sont habités par une lumière toute intérieure, celle de la fraternité.

Cette « terre promise » ne s’inscrit pas dans un futur, ce qui serait trop facile et d’une certaine façon une fuite de nos responsabilités ; elle est une promesse permanente et actuelle qu’il nous faut chercher pour ne point la déserter.

Que « d’îles désertes » dans nos agglomérations ! Nous ne les voyons pas alors qu’elles recueillent les naufragés de nos Sociétés. Passant, en début de semaine devant la gare de Lyon, je voyais ces hommes qui n’avaient d’autres refuges que le bord de fenêtres de bureaux pour se coucher dans des couvertures !

Partout, nous assistons à une floraison de ces lieux de mort pour être sans doute moins vivants que nous ne le pensons.

La Société n’a nul besoin d’entendre mes plaintes accompagnées d’un ressenti amer et quelque peu honteux au regard de ce constat, elle a besoin de vous pour dire non à l’inacceptable. Ces hommes et ces femmes abandonnés ne sont pas des étrangers, ils sont nos frères et nos sœurs.

Si l’humanisme est un soin, il est aussi une fraternité, un appel à ne pas rester éloignés de ceux qui ont perdu pied et souvent perdu cœur.

La perte de l’autre se révèle une perte de soi.

Vos engagements témoignent précisément que vous n’avez rien perdu de ces idéaux qui font vivre. Dans cette traversée, pour atteindre la terre nouvelle, nous sommes parfois, les uns et les autres, tentés par la révolte, l’indignation. Heureusement, nous comprenons que ce ressenti n’est pas un point d’arrivée, mais un point de départ pour ne pas sombrer sur des récifs.

Si le pessimisme peut nous guetter, la fraternité se révèle profondément un optimisme de volonté ; là, nous découvrons l’éternelle enfance qui sans doute est la condition même pour que la vie demeure et le demeure pour tous, comprenant que la victoire que nous devons offrir à l’humanisme est celui‑ j’ose ce mot – de l’amour plus fort que la mort.

2025 s’éteint avec ses drames, la stupidité de trop de querelles partisanes nourries de ces idéologies qui arment les certitudes faciles, plutôt que les convictions d’avoir à faire naître une terre pour tous.

Saint-Exupéry dans « Terre des hommes » dit : si vous aviez objecté à Mermoz, quand il plongeait vers le versant chilien des Andes, avec sa victoire dans le cœur, qu’il se trompait, une lettre de marchand peut-être ne valait pas le risque de sa vie, il eût ri de vous. La vérité, c’est l’homme qui naissait en lui quand il passait les Andes.

La fraternité s’éveille quand nous naissons à cette humanité, traduisant un appel à moins regarder le ciel qu’à le reconnaître, là où il naît, le cœur de ces femmes et ces hommes qui, tourmentés par la misère de leurs frères, s’emploient à la faire reculer.

Telle est l’aventure du partage pour une entraide mieux comprise.

Bernard Devert
Novembre 2025

Notre reconnaissance au Docteur Xavier Emmanuelli

Le Docteur Xavier Emmanuelli, cet homme pleinement engagé auprès de ceux que la vie blesse, vient de nous quitter. Il n’a cessé de bâtir des espaces de soins en France et dans un grand nombre de pays du monde, tant sa vision était riche d’un humanisme novateur, en phase avec les attentes de ceux si souvent oubliés.

Xavier, vous êtes cet homme d’action prenant le temps d’une réelle attention aux autres. Vif, vous saisissiez les mesures à prendre pour que l’inacceptable recule.

Le mot qui revient dans ces heures où nous apprenons sa disparition est unanimement celui d’un grand humaniste de par son envergure et sa capacité à être debout sur des fronts différents, conjuguant le soin médical et le prendre-soin social.

Foncièrement, il était un homme d’espérance sachant voir et donnant à voir ce qu’il fallait entreprendre pour briser l’indifférence ; vous qui l’avez connu, vous savez combien elle lui était odieuse.

Regarder en face et faire face, telle était bien l’exigence éthique et spirituelle qui façonnait son être.

Médecin, il a soigné les corps et soigné les cœurs, suscitant audace et énergie pour être un résistant ne supportant pas que des hommes et des femmes puissent être massacrés, jetés à la rue, n’ayant qu’un trottoir pour dormir.

Quelle belle avancée que le SAMU social.

L’urgence était ce quotidien qui l’habitait. Toujours, il apparaissait pressé en recherche de nouvelles réponses, taraudé par la souffrance de ceux désespérés, qui n’attendent parfois plus rien, tant est abyssale la plongée que cause la misère.

Une colère sourde l’affectait. Il fit mentir l’adage ; loin d’être mauvaise conseillère, elle l’aida à remuer ciel et terre pour faire naître de justes propositions à bien des situations iniques et injustes.

Au sein du Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées qu’il présida de 1997 à 2015, il ouvrit de nombreux chantiers. Souvenons-nous de deux textes majeurs : la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU) du 13 décembre 2000 et celui du Droit au Logement Opposable (DALO) le 5 mars 2007 qu’il façonna en concertation avec Maître Paul Bouchet et Bernard Lacharme. Tous trois en furent les concepteurs.

Comment aussi, ne pas évoquer les maisons relais désormais nommées pension de famille qui se révèlent des lieux de socialisation, traduisant la confiance qu’il témoignait aux plus vulnérables. Il les aimait, leur offrant un regard lucide et bienveillant, ouvrant des passages vers des possibles aussi inattendus qu’inespérés.

Que de drames le Dr Xavier Emmanuelli a su constamment approcher, jamais il ne s’est découragé, restant secret, pudique, quant à la source de l’énergie qui l’animait. Riche de cette lumière intérieure, il sut faire reconnaître aux plus fragiles que rien, absolument rien, ne pouvait leur enlever leur dignité. Ne nous étonnons pas que cet homme magnifiquement vivant ait recherché passionnément comment faire exister ceux qu’une mort sociale encerclait.

Avec les membres du Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées, son secrétaire général, René Dutrey ses collaborateurs, nous adressons au Docteur Xavier Emmanuelli, un immense merci pour ce qu’il est et ce qu’il a permis d’entreprendre et transmettons aux siens nos condoléances émues.

Bernard Devert
Président